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Paru dans le journal La Croix du 11 décembre 1998 sous le titre " L’accouchement sous X ne s’oublie pas "

ACCOUCHEMENT " sous X "

- QUEL DEVENIR POUR LES MERES DE NAISSANCE?-

par Georgina SOUTY-BAUM et Sophie GRENIER (*)

Parler des mères biologiques, c’est entrer au coeur du débat sur l’accouchement " sous X ", par une voie bien paradoxale... L’accouchement secret a été institué au nom de " la paix des familles " pour préserver ces femmes de l’opprobre de l’opinion publique et protéger les enfants. Mais " le secret protecteur " peut en fait se traduire en pratique par " l’anonymat " (aucune trace de l’identité des mères laissée à la maternité), qui lui, dénie irrémédiablement aux mères de naissance, le droit de se revendiquer comme la mère de l’enfant qu’elles ont abandonné dans ces conditions. Et consécutivement leur enfant naît comme s’il était un " enfant de personne ", et le demeure jusqu’à une éventuelle filiation adoptive. Qui sont ces femmes qui accouchent " sous X " ? Y-a-t-il un avenir de " mères " pour elles?

 

Les femmes qui accouchent " sous X ":

On voudrait nous faire croire que ces femmes choisissent d’accoucher " en secret " pour préserver leur enfant de leurs conditions de détresse matérielle, psychologique ou familiale, accomplissant ainsi un geste d’amour. Pour les avoir rencontrées, nous pouvons affirmer que cette condition d’accouchement fut souvent imposée.

Tout d’abord peut-on parler de libre choix? Comment peut-on considérer qu’une femme en détresse soit en état d’exprimer une volonté éclairée et réfléchie lorsqu’elle accepte " d’accoucher sous X "? Une personne en souffrance est par essence très peu réceptive aux questions et aux offres d’assistance qui lui sont proposées. Quand, par ailleurs, cette femme est très jeune, son ignorance de ses droits et sa dépendance familiale permet à la famille de tout décider à sa place. Certes, depuis quelques années, des centres d’hébergement pour femmes ayant un " projet d’abandon ", sont censés les accueillir et les accompagner tout au long de leur grossesse. Mais nous avons connaissance de plusieurs cas qui ont bénéficié des services de ces centres. En pratique, il apparaît que certaines jeunes femmes sont quasiment " conditionnées " pour apprendre à aimer leur enfant et se préparer à accomplir ce fameux " don " qui est réputé saillir du mot " abandon ". Pour l’enfant, ce geste est synonyme d’un avenir prometteur fondé sur de bonnes études. Pour les mères, il leur suffira de mettre en pratique les leçons qu’elles reçoivent en vue de " faire le deuil " de leur enfant.

Mais peut-on faire le deuil d’un enfant vivant?

 

Quel avenir pour ces femmes?

Les témoignages que nous avons reçus démontrent que ce travail de deuil est impossible à accomplir - ce constat est d’ailleurs confirmé aussi par la souffrance des familles de disparus-. Incapables d’oubli, certaines femmes qui ont accouché " sous X " se refusent à jamais de mettre au monde un autre enfant, lorsqu’elles ont retrouvé une stabilité matérielle et affective. Bon nombre d’entre elles développent des troubles psychologiques importants, pouvant même conduire au suicide. Fréquemment, lorsqu’elles parviennent à avoir un autre enfant, elles essayent de remplacer " l’enfant perdu ", allant jusqu’à transmettre le même prénom. Plus généralement, des centaines de mères, soutenues et informées de leur droits à lever le secret, cherchent aujourd’hui à retrouver l’enfant qu’elles avaient abandonné trente ou vingt ans avant, et même seulement moins de dix ans auparavant. Bénéficiant enfin d’une écoute et d’une reconnaissance de leur qualité de " mère ", ces femmes sortent de plus en plus de l’ombre et du silence. Pour certains, cette recherche ne serait qu’un exutoire destiné à mettre fin à leur sentiment de culpabilité. Mais au nom de quoi condamner cette recherche? Comment expliquer que des mères victimes de viol ou d’inceste recherchent aussi leurs enfants? Personne ne peut prétendre qu’une mère qui accouche " sous X ", quelque soient les raisons de son acte n’aura jamais aucune pensée pour l’enfant qu’elle a mis au monde et nul ne peut présager de l’envie voire du besoin qu’elle ressentira un jour de le retrouver.

 

Au vu de ce qui précède, on comprend aisément que l’accouchement " sous X " emporte des conséquences graves, non seulement comme cela est de plus en plus admis, pour les enfants mais également pour les femmes qui y ont recours. Les enfants se trouvent, pour certains, dépourvus à jamais de leurs origines. Les mères sont confrontées à un système qui repose toujours sur un véritable " déni de maternité ". Il ne faut pas en effet surestimer les conséquences d’une éventuelle levée du secret par ces mères, dés lors que la loi Mattéi n’a fait qu’institutionnaliser une pratique qui existait déjà de longue date. Dans ces conditions, la création d’un Conservatoire des origines constituerait une alternative plus respectueuse des droits de toutes les parties concernées par l’abandon. Les mères de naissance, pourraient bénéficier de la confidentialité, tout en sachant que les liens d’origine qui les unit à l’enfant mis au monde sont reconnus et préservés par le Conservatoire. Pour les enfants nés dans ces conditions, le droit de connaître ses origines et pour leurs parents adoptifs, le droit de les accompagner dans leur quête pourraient alors s’exercer véritablement: dans le cadre d’une Médiation, les mères de naissance et de leurs enfants respectifs disposeraient enfin de la faculté de partager leur désir de rencontre. De plus, la reconnaissance des mères biologiques constitue un pas important vers la reconnaissance des pères de naissance, qui aujourd’hui sont encore trop souvent tenus dans l’ignorance de l’existence de l’enfant et sont ainsi irrémédiablement privés d’exercer leurs droits et responsabilités à son égard ( il faut savoir que la loi protège les droits des maris pendant une instance de divorce en imposant à la femme une carence de 300 jours avant un remariage (loi du 9 août 1919), mais rien n’empêche la femme de recourir à l’accouchement " sous X " pour détourner la règle précédente).

 

N.B.: Georgina SOUTY-BAUM est Présidente de l’Association Droit de Parole pour des Citoyens différents et coordinatrice du MOUVEMENT NATIONAL POUR LE DROIT AUX ORIGINES DES ENFANTS ABANDONNES- Maison Bidaïnia- 64220 ISPOURRE. Elle est l’auteur du livre " Pour l’amour d’un père ", publié chez Ramsay/ MD Editions en 1995 et en cours de réédition en Livre de Poche. Sophie GRENIER est rédactrice du MOUVEMENT.

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