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ETAT DES LIEUX DE LA PRATIQUE DE LACCOUCHEMENT " sous X " DANS CERTAINES MATERNITES FRANÇAISES
ETAT DES LIEUX
Une enquête effectuée auprès de diverses maternités sur laccueil des mères en détresse qui ne peuvent garder leur enfant montre que cette situation pose un réel problème aux personnels de ces services. Ce sondage a permis de définir les difficultés couramment rencontrées :
- absence dinformation du personnel sur les modalités de laccueil des mères en détresse : lorsquune mère qui arrive dans le service " en urgence " de nuit, le week-end ou les jours fériés, pour y accoucher indique ne pouvoir garder son enfant, le personnel doit assurer seul la prise en charge complète de la parturiente. Il est évident que dans ce cas, aucune structure dencadrement (psychologique et administrative) ne peut être mise en place. Dés lors il existe un risque important que cette femme quitte anonymement la structure hospitalière sitôt laccouchement sans pouvoir bénéficier daucun suivi médical et psychologique et surtout sans savoir pu recevoir aucune information sur ses droits et sur les conséquences de labandon de son enfant. Dans ces conditions, on se trouve en présence dun accouchement incontrôlé qui engendre un accouchement " sous X " qui peut être abusif (certaines des mères que nous avons rencontrées avouent en effet ne pas connaître la notion " daccouchement secret " transformé en accouchement " sous X ").
- le personnel se sent impuissant face à ces mères en détresse. Il ignore les démarches à entreprendre et le soutien à apporter à ces femmes. Les stages de formation sont inexistants et leur accès est en pratique problématique dés lors que le personnel ne peut être remplacé dans le service pendant déventuels stages de formation.
- pour certains gestionnaires des services hospitaliers, laccouchement tel quil est pratiqué leur garantit un règlement rapide des frais médicaux engagés, car ceux-ci sont alors directement pris en charge par le Conseil Général (Service de lAide Sociale à lEnfance) (cf. article 47 du Code de la Famille et de lAide Sociale). En revanche, si une mère en détresse psychologique et matérielle correctement informée de ses droits reconnaît son enfant, les frais de maternité relèvent alors du système de lAide Médicale Gratuite, si elle nest pas assurée par la Sécurité Sociale, dont la mise en oeuvre est plus lourde et les délais de paiement très longs.
- en pratique, les mères qui ont un " projet dabandon " sont hospitalisées dans des chambres isolées ce qui ajoute à leur détresse morale. De plus, le procès verbal de remise denfant est souvent présenté à la signature juste après laccouchement, dans certains cas et parfois alors que la jeune mère est encore sous les effets de lanesthésie. Il faut ajouter aussi que parfois même, aucun document nest signé par la mère ( ce que la réglementation permet: seul un procès verbal de recueil de lenfant est prévu par larticle 62 du Code de la Famille et de lAide Sociale et le recueil de la volonté de la mère nest prévu par aucun texte. Dans ces conditions, la pratique permet quil y aie expression implicite de la volonté de la mère et du père : dans le cas où les parents ne reconnaissent pas lenfant, le lien juridique de filiation nest pas établi et il ny a donc pas lieu de consentir à ladoption ni de décider de la remise denfant).
QUELQUES PROPOSITIONS
Pour remédier aux inconvénients qui viennent dêtre décrits, quelques mesures savéreraient utiles :
- diffuser une brochure comportant les différents solutions offertes aux mères en détresse (face aux difficultés matérielles, présentation des différents systèmes daides financières, centres dhébergement pour mères en difficulté - présentation des différents " modes dabandon " de lenfant prévus par la loi en vue de bénéficier dune adoption - informations sur les conséquences juridiques et psychologiques de labandon pour la mère et pour lenfant). Une brochure de ce type a dailleurs été élaborée par une maternité publique de Tours et publiée par la revue de la Fédération hospitalière de France en 1994.
- mise en place dun " référent " par département, joignable 24 H/24. Trois catégories de personnes pourraient occuper cette fonction; un membre du personnel médico-social de la maternité daccueil de la mère; un magistrat du parquet qui serait soumis à une astreinte et dont la compétence se justifie par lobjet de sa tâche : le recueil dinformations relatives à létat civil du parent et le cas échéant de lenfant; enfin un membre de ladministration des services dAide à lEnfance (par exemple, le personnel du Foyer départemental de lEnfance). Ces référents seraient chargés dune double mission : mettre en place une structure daccompagnement autour de chaque femme et constituer le dossier destiné à lA.S.E. ou à lOeuvre privée dAdoption et dont le double serait obligatoirement transmis au Conservatoire des origines.
- pour les mères mineures : la structure daccompagnement prédéfinie permettrait déviter les pratiques illégales actuelles qui permettent aux familles de décider et dorganiser labandon sans quelles-mêmes soient en état dy consentir librement (alors que le consentement des mineures est requis pour lIVG).
- respecter un délai de réflexion avant la décision de remise. De plus, la volonté de la mère devrait être recueillie par un Magistrat qui lentendra ainsi que les membres de la structure daccompagnement.
- mettre en place effectivement un suivi des mères par la structure daccompagnement durant une période de deux mois au moins (correspondant à la période légale durant laquelle la mère peut revenir sur sa décision) et autant que de besoin selon avis médical ou à la demande de lintéressée.