Le Lien

 

MOUVEMENT NATIONAL POUR LE DROIT

D’ACCES AUX ORIGINES FAMILIALES

Association Loi 1901-

Siège social : maison Bidaïnia – 64220 ISPOURE

( 05.59.37.27.34 – http://www. mnda.st

N°5

Décembre 2003

 

Le mot de la Présidente

Une année particulière …

Au moment où l’année touche à sa fin, il est coutume de faire le point…Or, sur ce plan, j’espère que 2003  restera dans la mémoire de l’Association, comme une année riche en évènements : 

Je dois d’abord vous dire que j’ai été très touchée par toutes les marques d’attention que j’ai reçues autour de ma remise de la Médaille de l’Ordre National du Mérite, le 17 mai dernier et je remercie du fond du cœur tous ceux qui s’y sont associés. Pour mieux partager cet événement avec vous, j’ai donné carte blanche à l’équipe de la Rédaction pour vous le raconter (p2).

Ensuite, je suis heureuse de vous présenter le dernier bilan semestriel de l’Association (p.3) en soulignant les points suivants :

    - les premiers dossiers envoyés au CNAOP ne donnent malheureusement pas les résultats escomptés, mais     nous les suivons de près. 

    - le nouveau statut fiscal des dons versés à l’Association (voir en p. 4)

- nos groupes de réflexion et de parole (G.R.P.) ont été de bons moments de rencontre et les réflexions qui en sont ressorties constituent une solide base de travail pour 2004 (voir p. 4) ;

- Notre site internet est en cours de réactualisation.

Le passage à l’année 2004, se présente donc bien pour le M.N.D.A., qu’il en soit de meme à vous tous à qui je souhaite, en mon nom et en celui de toute l’équipe, de bonnes fetes et une heureuse année 2004.

 

Georgina

Le mot de la Rédaction : 

Merci à ceux qui nous ont adressé leurs témoignages, cette année, car beaucoup d’entre nous se sont reconnus à travers eux. Merci d’avance à ceux qui pourront en apporter de nouveaux !

 

 

&La remise de Médaille&

 

                Après l’Assemblée Générale de l’Association, autour d’un cocktail dinatoire, devant une cinquantaine de personnes très émues et fières, Georgina a reçu, avec beaucoup d’émotion, sa médaille, des mains de Danielle HOUSSET, Présidente d’honneur de l’Association Enfance et Familles d’Adoption (E.F.A). Pour partager rétrospectivement ce moment fort, nous avons choisi de retranscrire l’intégralité du discours que Sophie GRENIER avait préparé à partir des petits mots de félicitation envoyés par les membres de l’Association : 

Chère Georgina,

LA ROCHEFOUCAULT a écrit « il y a du mérite sans élévation, mais il n’y a point d’élévation sans mérite » cette récompense républicaine que tu viens de recevoir, parce qu’elle couronne des années de travail acharné témoigne de la véracité de ces propos ! Mais je vais m’attacher à le démontrer plus encore, puisque j’ai la lourde tache de te transmettre les messages de félicitations mais aussi de fierté de tous les adhérents et proches de l’Association que tu as créée il y a  treize ans dans le but d’aider, à partir de ton expérience personnelle, tous ceux qui sont concernés de près ou de loin, par la recherche de leurs origines.

            A cette époque, tu n’imaginais sans doute pas l’investissement en temps, en écoute, en voyages, et même en lecture des textes de loi que tu connais maintenant par cœur, cela représenterait (il n’y a en effet guère que l’informatique à laquelle tu es restée réfractaire, mais maintenant que tu maîtrise la télécopie, les membres du Conseil d’administration, ne désespère pas de te faire passer l’étape suivante) !!! .

            Aujourd’hui, tu dois avoir le vertige en pensant à tous ceux que tu as accompagnés :

- il y a ceux qui étaient à la recherche de leur histoire : pour eux tu as d’abord du convaincre les administrations de communiquer un dossier, à une époque où le droit aux origines était encore tabou ; puis tu as ensuite décrypté les  mots consignés dans ces dossiers dont la teneur n’est pas toujours facile à supporter et qui permettent pourtant de se rapprocher, d’abord en pensée, de celle qui après avoir enfanté a du abandonner.

- il y a celles que tu as su accueillir, écouter sans juger puis convaincre de donner leur identité sinon même de prendre contact avec leur enfant.

- Nombreux sont encore, ceux qui ont pu bénéficier de ta générosité de cœur et de ta maîtrise des régimes d’aide alors qu’ils étaient perdus, sans ressources et sans espoir. Je pense en particulier à ces personnes handicapées placées dans une institution belge, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux en France, faute de familles susceptibles de se battre pour qu’ils soient bien soignés et qui viennent d’avoir la joie de retrouver des frères et sœurs français mais aussi à ces anciens pupilles de ton département lequel ne comprend malheureusement pas d’association d’entraide spécifique. Connaissant ton histoire, ils ont osé te contacter. Tu as pu les  diriger vers les administrations compétentes, et contribuer ainsi à ce qu’ils reçoivent des soins appropriés et entament les démarches nécessaires à leur réinsertion.

- il faut avoir enfin une pensée pour les parents adoptifs qui ont appris à tes cotés à dépasser la crainte de se voir rejetés pour accompagner leurs enfants dans la recherche de leurs origines.

Cette liste ne peut pas être exhaustive et je ne voudrais pas te faire rougir plus longtemps car l’essentiel réside dans ces mots qui me sont revenus, comme une litanie : « Georgina (ton prénom, tu le sais est meme tombé dans le domaine public) c’est simple, elle fait partie de mon, de notre histoire ».

En effet, même si, à ton grand regret, parce que c’était matériellement ou juridiquement impossible, tu n’as pas pu permettre à tous ceux qui t’ont sollicitée de retrouver leurs parents et familles de naissance, nous te savons tous gré de ta ténacité qui t’a permis de défendre le droit aux origines, jour après jour, dossier après dossier, dans les bureaux - même ministériels - comme sur les ondes, livre après livre.

Je conclurais donc en 2 mots dont le sens est sans commune mesure avec le nombre de lettres qui les composent : BRAVO et MERCI

 

Après les mots, ce fut le temps des fleurs et des cadeaux et nous avons pu ensuite laisser libre court à nos émotions et aux souvenirs partagés avec elle, jusqu’à une heure avancée de la soirée, que pour une fois, Georgina n’a pas pu passer devant ses dossiers !

 

 

Le bilan du 1er semestre 2003 de l’Association

 

Les levées de secret : l’Association a accompagné 14 mères de naissance dans cette procédure : pour 8 d’entre elles, la levée de secret a été effectuée auprès de l’A.S.E. concerné ; 2 auprès d’O.A.A.. ; enfin, 4 mères ayant accouché « sous X » se sont inscrites dans le fichier « Parents de naissance/Enfants » de l’Association et comme leur enfant s’y trouvait déjà, une médiation est en cours. 

En règle générale, l’Association a pu noter que le mouvement d’augmentation des levées de secret amorcé en 2002, se confirmait nettement cette année. Ces résultats nous confortent dans l’idée qu’il faut continuer à informer les mères sur cette procédure qui fonctionne très bien lorsqu’elle est spontannée et qui constitue une des clefs principales du droit aux origines.

 Les Médiations : il restait 9 dossiers en cours de médiation de l’année 2002, auxquels sont venus s’ajouter de nouveaux qui seront comptabilisés en fin d’année. En tous les cas, l’Association constate toujours l’importance de cet accompagnement qui repose sur une écoute attentive des personnes concernées et s’effectue au long cours, sans aucune précipitation.

 Les Retrouvailles : 5 dossiers concernant des frères et sœurs, ont pu aboutir ainsi ; 4 autres concernant une prise de contact avec une mère de naissance aboutiront avant la fin de l’année 2003, la Médiation étant en cours. Sur les 11 dossiers restant de 2002, les recherches ont abouti pour 4 d’entre eux et la Médiation est en cours. Il faut malheureusement y ajouter un reliquat de 25 dossiers arrivés à l’Association au cours des 5 dernières années, dont les recherches n’aboutissent pas.

 

L’accès au dossier : l’association a reçu au total, depuis sa création il y a maintenant 13 ans, 36.801 demandes d’accès aux origines. Au cours des six premiers mois de 2003, 95 nouvelles demandes lui sont parvenues et la communication des dossiers a permis les constatations suivantes : 71 d’entre eux sont « des dossiers « X » », totalement vides, pour lesquels le seul espoir qui reste est que les Mères lèvent le secret de leur identité. 5 autres comportaient une demande de secret, relevant de la compétence du CNAOP, sachant que la saisine de l’institution est envisagée dans l’hypothèse la plus favorable car nous sommes certains que l’identité de la Mère figure bien dans le dossier ; 6 dossiers concernent des recherches de fratries ; 13 dossiers avec origines directement communicables sont en cours de recherches, ou pour 4 d’entre eux, en cours de médiation.

 

Le MNDA au quotidien :

L’Association a reçu 1050 appels téléphoniques émanant de parents adoptifs ou de candidats à l’adoption, de personnes adoptées ou non, de services A.S.E et d’O.A.A, ou encore de services de maternités.

Nous constatons avec regret, une recrudescence des appels concernant le CNAOP dont le contenu est particulièrement préoccupant puisque nous enregistrons des doléances constantes et répétées sur les points suivants : manque d’humanité des personnes qui assurent la réception des appels téléphoniques ou la rédaction des courriers ; un manque de transparence sur le fonctionnement de l’institution qui génère des doutes sur le traitement des dossiers (remise en question de l’effectivité de ce traitement et de l’efficacité de la procédure) ; des interrogations sur le Service de Médiation qui semble se faire dans la rapidité (un seul appel) et non dans la continuité. Nous avons été également surpris de constater que l’institution avait été chercher l’expérience de la Médiation d’un organisme canadien, qui fait certes du bon travail, mais dans un pays où le droit aux origines existe depuis longtemps et est régi par des règles différentes de celles du droit français, alors qu’il existe bien moins loin, des expériences franco-françaises qui fonctionnent très bien et depuis longtemps ! (cf. nos réactions à la lecture du discours du Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées, du 10 septembre 2003, sur notre Site).

Le MNDA a reçu 274 lettres

 Par ailleurs, l’Association a :

- Apporté son aide à 3 jeunes majeurs issus de l’ASE

- Aidé 6 personnes à faire valoir leurs droits sociaux (2 dossiers de demande d’APA, 2 dossiers de demande de RMI, 1 obtention de place en maison de retraite, 1 dossier COTOREP)

- Aidé 2 étudiantes travaillant sur un mémoire ayant pour thème « l’accouchement anonyme ». 

 

 

Les Groupes de Parole et de Réflexion

  Nous avons tenu notre programme et sommes contents des résultats obtenus :

Le premier GRP, portant sur l’accès aux dossiers et à la procédure devant le CNAOP a eu lieu le 8 mars 2003. Il a permis de préparer les premiers dossiers à envoyer à l’institution.

 Le deuxième consacré à l’accouchement sous X, s’est tenu le 18 octobre autour de Françoise, dont le témoignage très fort, a aidé ceux qui ont été abandonnés à la naissance à mieux comprendre cet acte et à prendre conscience de ce que leur souffrance était le miroir inversé de celle d’une mère de naissance. Les échanges qui ont eu lieu, confortent l’Association dans son désir d’action en faveur tant d’une véritable information des mères de naissance que d’un accompagnement personnalisé qui s’inscrit dans la durée.

 Le troisième, sous le titre des frères et sœurs : s’est également déroulé le 18 octobre. Les témoignages reçus démontrent la difficulté de pouvoir déjà etre informé de l’existence d’une fratrie et ensuite de parvenir à identifier, puis localiser ses frères et sœurs. Pourtant, certains des problèmes rencontrés paraissent pouvoir se résoudre simplement, notamment par une meilleure gestion des dossiers. L’Association va poursuivre le travail engagé pour que les témoignages que nous avont reçus, qui montrent quasi unanimement l’importance des liens fraternels qui se reconstituent plus facilement que ceux qui se tissent avec les parents de naissance, puissent se multiplier.

 

APPEL à TEMOINS

Pour poursuivre le travail ainsi commencé, sur ce thème, et bien faire comprendre aux pouvoirs publics les données du problème, nous aimerions joindre à nos propositions, des témoignages de frères et sœurs qui se sont retrouvés et de ceux qui ont dans leur dossier mention de l’existence d’un frère ou d’une sœur et qui ne peuvent les retrouver, faute de renseignements suffisants (à votre demande, il pourront etre anonymisés, en indiquant seulement un prénom).

ÖSi vous etes d’accord pour témoigner, merci de contacter l'association.

 

 Le prochain GRP aura lieu au cours du 1er semestre 2004 et sera consacré à un thème difficile qui nous tient à cœur : la maltraitance (physique ou psychologique) des enfants placés ou recueillis. Vous pouvez dès maintenant nous adresser vos témoignages et vos suggestions sur ce sujet, pour préparer la réunion.

 

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!4!? Information pratique!4!?

²- Sur le métier à tisser, 100 fois tu remettras ton ouvrage….Eh oui, la persévérance paye toujours : un des dossiers sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années en pensant à tous ceux qui soutiennent finacièrement nos actions, vient enfin d’aboutir… Nous avons en effet le plaisir de vous anoncer qu’en réponse à notre demande, un courrier de la Direction Générale des Impots des Pyrénées Atlantiques autorise le MNDA à se prévaloir de la qualité d’œuvre d’intérêt général, ce qui ouvre droit, en application de l’article 200 –1 du Code Général des Impots, aux adhérents de déduire de leurs impots la moitié des sommes versées à l’Association à titre de dons (dans la limite de 6% du revenu imposable).

F A partir de maintenant, en meme temps que votre carte d’adhérent, nous vous adresserons un reçu à insérer dans votre Déclaration de Revenus pour justifier la demande de réduction.

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L’actualité juridique

Deux décisions de justice du mois de mai 2003 ont suscité beaucoup d’émotion, mais également toute une polémique en rejetant la requete en adoption des parents adoptifs d’un enfant de trois ans, né sous X, dans un autre département que celui où résidait son père de naissance et en autorisant sa restitution à celui-ci qui avait entrepris des démarches pour reprendre son enfant dès la naissance, sans que celles-ci aient pu aboutir, de par la faute de l’Administration. L’affaire est actuellement en appel, mais nous avons adressé des propositions au Ministère de la Famille, pour qu’une telle situation qui a blessé le père pendant ses années de démarches et blesse maintenant les parents adoptifs et l’enfant lui-meme, après deux ans et demi de vie commune, ne puisse se reproduire. Elles ont été favorablement accueillies par le Ministère.

ÜSi vous voulez en savoir plus sur cette affaire et sur nos propositions, adressez-vous à l’association ou consultez notre Site Internet.

  

 Témoignages

 

Avril 1961. Il faut que tu saches, ma chérie, qu’à cette époque, lorsque je te confie à une fondation privée, j’étais ce que l’on appelait une « fille-mère », c’est à dire un objet de scandale absolu. (l’expression « mère célibataire » faisait timidement son apparition).

Je retourne à cette fondation, quelques jours plus tard pour m’enquérir de ta santé ; à travers les murs, j’entends les cris des nourrissons et j’éclate en sanglots, en songeant que tu pleures sûrement, toi aussi, mon bébé.

L’assistante sociale, vrai gendarme, entre dans son bureau et me demande la raison de mes larmes ; je lui explique et elle me dit : « alors pourquoi revenez vous ? ».  Bien entendu je n’y retourne jamais.

J’aurais eu alors, le plus grand besoin de soutien moral mais il n’était pas concevable que je puisse me confier à qui que ce soit de mon entourage.

Pour cacher ma grossesse il me fallait sortir de mon voisinage et me créer cahin-caha une nouvelle vie, avec de petits moyens.

Plus tard, je renouerai avec la famille, les amis, en racontant des mensonges...

Je veux que tu saches que j’aimais ton père, je l’admirais, et dans un tourbillon de passion, je me suis donnée à lui.

Pendant ces quarante années, chaque soir au moment de m’endormir, j’étais envahie d’une triste tendresse me demandant ce que devenait ma petite fille si frêle, tandis que la terre continuait de tourner.

Tu as bouleversé ma vie, ma chérie, car tu en as été le plus grand tourment sourd et maintenant que nous nous sommes retrouvées, quarante ans plus tard, tu en es vraiment ma plus grande joie.

 

                                              Liliane

kkk

Si j’écris aujourd’hui dans le journal du M.N.D.A., c’est pour partager avec vous un moment incroyable de ma vie : des retrouvailles…Vous voyez, c’est un heureux épisode de mon existence, mais j’aimerai aussi vous parler de tout ce qui a précédé cette rencontre, de tout ce secret, ce silence, cette dissimulation, ce mensonge. Ne vous inquiétez pas, je serai brève quant à la description des circonstances de mon abandon : elles sont terriblement banales. Ma mère naturelle était très jeune : elle a subi des pressions de sa famille et meme des services sociaux, la poussant à m’abandonner. Ces pressions de l’A.S.E. ont eu des dimensions très concrètes : des documents et des informations lui ont été volontairement cachées, notamment l’existence d’un délai avant le placement en adoption pour lui permettre de réfléchir, car elle a douté jusqu’au bout. Née sous X, j’ai été adoptée plénièrement deux ans plus tard, mais j’avais été confiée à ma famille adoptive bien plus tot. Mon lieu de naissance a été falsifié dans le but de protéger un secret déjà bien gardé : ma carte d’identité porte et portera toujours la trace de la honte et du mensonge.

J’ai grandi dans une famille aimante qui m’a permis de « renaitre » après l’adoption. Mais au fond de moi, il me manquait quelque chose de capital, je me rend compte aujourd’hui de son importance : la possibilité de me reconnaître en quelqu’un. J’étais comme un édifice sans fondations, une maison sur pilotis risquant de plonger dans la mer à la moindre vague trop forte. Le secret sur ma naissance était lourd à porter. A 18 ans, j’ai entrepris mes premières recherches : il m’a fallu quasiment deux ans pour obtenir la possibilité de consulter mon dossier. Et, dans ce dossier, un X majuscule barrait pour moi la possibilité de connaître un jour la femme qui m’avait mise au monde. J’ai joué au détective privé avec le peu d’informations dont je disposais, mais de façon très maladroite et sans succès. J’ai tout laissé tomber et finalement cela vaut mieux : à l’époque, je n’étais pas prete à vivre une rencontre aussi capitale, avec tout ce que cela demande de patience et de respect. Et puis, j’avais pas mal souffert de l’attitude de certains de mes interlocuteurs. Je pense par exemple à une assistante sociale qui s’était occupée de ma mère biologique au moment de l’abandon, qui m’a dit clairement et froidement qu’elle savait qui était ma mère mais qu’elle ne me le dirait pas et ne ferait rien pour m’aider. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et je me sentais coupable : c’était moi la « fautive » puisque l’on me refusait tout secours !

            Quatre ans après, je reprenais mes recherches : j’ai recontacté l’A.S.E.. Je leur ai demandé de faire passer une lettre à ma mère naturelle car j’étais persuadée que malgré le X, ils savaient qui elle était. Evidemment, ma demande a essuyé un refus. Je me suis adressée à une association regroupant des mères ayant abandonné un enfant sous X, mais cela n’a rien donné. Puis, j’ai lu un article de journal où il était question de Georgina Souty-Baum et du MNDA. Et là, miracle ! Grace à l’influence et à la détermination de Georgina, toutes les difficultés administratives se sont aplanies ! Seule devant l’A.S.E, je n’avais aucun droit, meme pas celui d’espérer… Mais avec Georgina, la donne était complètement changée. Quelques mois plus tard, ma mère biologique était convoquée par l’A.S.E.. Une psychologue l’a reçue plusieurs fois en entretien et elle était censée etre chargée de la médiation. En fait, mes relations avec cette femme ont été plutot compliquées, mais je risquerais de m’embarquer dans l’écriture d’un vrai roman si j’essayais de tout vous raconter. Disons que nous nous sommes heurtées par rapport à un ultimatum qu’elle a fixé à ma mère biologique pour qu’elle se prononce au plus vite sur la levée de secret. Evidemment, la réponse de ma mère naturelle à cet ultimatum fut négative. Après des « contorsions psychologiques » incroyables de la psychologue, mon adresse et mon nom ont tout de meme pu etre communiqués à la femme qui m’a donné la vie.

            La médiation a été reprise de mon coté, par la responsable de l’A.S.E. et cette dame a fait passer mes lettres à ma mère biologique. Elle m’a répondu en retour. Une relation épistolaire s’est progressivement nouée pendant plusieurs mois. Elle n’avait rien dit à sa famille pendant toutes ses années, ma naissance  était un secret terrible qu’elle portait seule depuis toujours ! Et elle avait peur… Moi aussi, j’avais peur : peur qu’elle me rejette, peur que le lien fragile que nous étions en train de tisser ne se brise, et meme aujourd’hui, après notre rencontre, j’ai encore peur. Elle m’a écrit dans sa dernière lettre que nous ne devions pas courir après le passé, que nous ne le rattraperions pas, que notre relation était à construire en dehors d’une relation mère-fille. Bien sur, elle a raison, j’ai une mère, une mère adoptive, que j’aime de tout mon cœur, mais n’est-elle pas aussi ma mère ? Excusez-moi, mais je suis un peu perdue face à toutes les questions que soulève cette rencontre. J’ai deux familles, c’est ainsi, une qui m’a permis de voir le jour et une qui m’a permis de grandir et de devenir ce que je suis.

            Mais je devance un peu les évènements. Nous nous sommes donc rencontrées après un coup de fil de ma mère naturelle à mon domicile. Le début de la rencontre s’est déroulé dans les locaux de l’A.S.E., puis nous sommes allées manger ensemble au restaurant et nous nous sommes promenées en ville avant que le train ne la ramène chez elle. C’était un après-midi unique. Les mots ne peuvent pas décrire ce que j’ai vécu et ressenti pendant ces quelques heures. Je vais pourtant essayer : d’abord une exaltation, un grand chambardement émotionnel, puis un soulagement, un apaisement. Je lui ressemble ! Pas tant physiquement, mais surtout de caractère… Et puis après tout, oui, aussi physiquement. La vie nous a arrachées l’une à l’autre et elle nous a finalement permis de nous retrouver. Nous avons beaucoup parlé.

            Je sais que nos retrouvailles ont réveillé chez elles des souvenirs très douloureux, mais elles lui ont aussi permis de commencer à briser le silence qui emprisonnait son existence. Peut-etre qu’elle pourra un jour se pardonner à elle-meme ? La responsable de l’A.S.E. me dit que c’est impossible. Mais je lui souhaite de tout mon cœur. Elle se sent tellement coupable et honteuse, si seulement notre rencontre pouvait la libérer un peu de ce sentiment de culpabilité, si seulement elle pouvait se sentir un peu libre par rapport au regard des autres et de la société ! Bon sang, sa seule faute, c’est d’etre tombée amoureuse, puis enceinte, dans un milieu qui ne pouvait l’accepter et dans une société en mal d’enfants adoptables ! Est-ce un crime d’aimer quelqu’un ? Son entourage proche et éloigné, en réponse à ce prétendu « crime », l’a poussée à en commettre un impardonnable à ses propres yeux. Et maintenant, elle doit réapprendre à s’aimer. J’espère que la tendresse que je lui apporte l’aidera un petit peu…

 

Une jeune fille

éperdument reconnaissante

 envers le MNDA !

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Nous avons lu et nous avons aimé….alors nous vous en parlons ! Si vous avez-vous aussi des titres de livres à nous recommander, n’hésitez pas !

-          Pierre GUINOT-DELERY, Une mère de sable, éd. Le Reflet, 2003. Prix : 14 € . Il s’agit d’un roman extraordinairement bien écrit qui décrit avec pudeur et réalisme les ambivalences d’un homme partagé entre sa mère adoptive et sa mère de naissance au cours de la révélation progressive d’un douloureux secret de famille.

-          Agnès HETROY, Le Sourire, publié à compte d’auteur. C’est un témoignage personnel fort, sur la quete des origines. A commander à l’auteure : Agnès Hétroy, 39 rue Charlier, 51.100 REIMS ou agnes.e3@wanadoo.fr : prix : 14 € port compris.

 

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