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PLAIDOYER POUR UNE JUSTE MESURE ENTRE LES DROITS DES PARENTS DE NAISSANCE et LE DROIT DACCES AUX ORIGINES
par Georgina SOUTY-BAUM,
Présidente de lAssociation Mouvement National pour le Droit dAccès aux Origines
Madame Ségolène ROYAL, Ministre déléguée à la Famille et à lEnfance, a présenté en janvier dernier un projet de loi après aval du Conseil dEtat et du Conseil des Ministres, qui aménage le régime de laccouchement dit " sous X " tout en instituant un droit daccès aux origines. La clef de voûte de ce projet est en effet la création dun Conseil National dAccès aux Origines Personnelles qui aura 3 missions principales : le recueil des demandes émanant dune des parties concernées (demande daccès à lidentité des parents, demande de levée du secret ou demande de " rapprochement " formulée par des membres de la famille biologique - frères et soeurs, grand-parents...), la recherche des parents de naissance et la mise en oeuvre dune médiation pour faciliter les retrouvailles lorsquelles sont légalement possibles. Ce texte a jusquà présent, comme dailleurs tous les débats qui touchent à la question de laccouchement " sous X ", suscité des réactions assez contradictoires. Pour les uns, il est trop " timide " puisquil noblige pas les mères à laisser leur identité. Pour les autres, il va trop loin, puisquil serait inutile de réformer la loi Mattéi qui donne déjà accès à lhistoire de lenfant et à des renseignements non identifiants sur ses parents de naissance, tout en permettant à ceux-ci de lever le secret de leur identité lorsquils le souhaitent. Mais la loi de 1996 est encore très mal appliquée tant pour des raisons pratiques que juridiques et ses décrets dapplication nont jamais été publiés. En réalité, la réforme envisagée est nuancée parce quelle a enfin conçu un équilibre entre les droits de toutes les parties concernées - les parents de naissance, les personnes en quête de leurs origines et les parents adoptifs. Cet équilibre répond à une formule célèbre consacrée en matière de liberté, mais aisément transposable : " les droits des uns sarrêtent là où commencent ceux des autres ". Il suffit de se reporter au contenu du projet pour se convaincre de ce que la réforme projetée est celle de la juste mesure.
Ceux qui souhaitent une disparition pure et simple de laccouchement " sous X " nient le droit des mères à demander la préservation du secret de leur identité lors de la naissance, pour des raisons qui leur appartiennent et que nul ne peut juger. Pour cette même raison, il était important que soit maintenu le principe suivant lequel la levée du secret devait résulter dun acte de volonté libre et éclairé. Le projet de Madame ROYAL constitue une avancée, tout en respectant ce principe, puisquil permet que le Conseil, saisi dune demande en ce sens, recherche les parents de naissance qui nont pas déjà demandé à lever le secret, pour quil fasse connaître leur nouvelle volonté, ou quils maintiennent leur demande initiale. Plutôt que de se faire fervent artisan de la contrainte, il faut saluer un système dont on est en droit despérer quen faisant ses preuves, cest à dire en suscitant la confiance des parents de naissance, il les conduise à être de moins en moins nombreux à demander le secret de leur identité et à décider de le maintenir. De plus, en instituant un " guichet unique " pour la réception des demandes de levée de secret, le projet garantit leffectivité de ce droit, qui est encore difficile à exercer, faute pour les parents de pouvoir identifier précisément lorganisme qui avait recueilli leur enfant.
Le projet étudié permettra par ailleurs à la France de se conformer à ses obligations internationales en reconnaissant officiellement lexistence dun droit aux origines, dont la définition est largement entendue, puisquil concerne non seulement laccès à lidentité des parents de naissance, mais également un " rapprochement " avec les membres de la famille biologique qui en auront fait la demande au Conseil. Ce dernier point était particulièrement attendu dans le milieu associatif car jusquà présent, il était impossible daccéder à de quelconques informations concernant ces " proches " ce qui empêchait en particulier des fratries de se retrouver.
Enfin, il est difficile de regretter que le projet naffecte pas ladoption plénière car il respecte ainsi la place de chacune des personnes qui président à lhistoire de lenfant adopté. Les liens juridiques de la filiation consacrent les liens du quotidien ; le droit daccès aux origines permet de mettre un nom et une histoire sur ceux qui lui ont donné naissance.
En définitive, ceux, qui, comme le Mouvement des " X en colère ", revendiquent un droit aux origines " à tout prix ", se contentent dune vision unilatérale et égoïste de la question. Leurs actions extrémistes sont totalement déplacées : elles vont à lencontre de lobjectif de retrouvailles sereines et réussies et culpabilisent les parents qui ont demandé le secret de leur identité au point quils ont peur de lever le secret. Il est essentiel au contraire de mettre le projet de Madame Ségolène ROYAL en perspective : il propose un équilibre équitable entre les droits des parents biologiques, ceux des enfants remis à leurs naissance à un organisme public ou privé et ceux des parents adoptifs. Il aménage donc un système qui faisait une part trop grande aux droits des femmes à accoucher dans le secret au détriment des intérêts légitimes des autres parties concernées. Il est moralement inacceptable de se contenter de lui substituer un autre déséquilibre, au profit cette fois des droits des enfants.